Profite.
Vendredi 25 décembre
C’est étrange, mais il a l’impression que plus les années passent, et moins il sait apprécier Noël. Il se dit que ce réveillon serait parfait passé en Converse, le gros gilet sur les épaules, affalé dans le canapé, un bon rouge à la main, et son bouquin dans l’autre. Il se dit que s’ils avaient été deux, ç’aurait été parfait. Et au lieu de cela, le voilà de retour à la campagne, dans un cercle restreint, étouffant, sans nouveauté. Il connaît ses cadeaux et ses proches connaissent les leurs, ou presque. Ils dîneront la même chose que l’an passé, et ils ouvriront à nouveaux leurs paquets bien avant minuit – ils n’auront, une fois de plus, aucune envie d’attendre.
Et puis ici il pleut. Chez lui aussi, sûrement. Mais il trouve que c’est un bon prétexte pour détester Noël aujourd’hui. Il a froid, et il n’a pas encore recouvert ses cadeaux du papier qui dans quelques heures se fera violemment déchiqueter par des mains impatientes. Il se sent affreusement blasé, et il s’en veut.
Alors, il essaie de sourire, et de faire comme si de rien n’était, en attendant que tout cela passe. Et peut-être que l’an prochain tout aura changé…
Retour.
Mercredi 23 décembre
Dans quatre jours, j’y serai. Je serai de retour, là-bas. Où tout a commencé, à mes yeux. Et où tout va, à nouveau, recommencer. C’est notre rituel. Les personnes changent chaque année, sauf nous trois. Nous sommes les trois survivants, en quelque sorte. Cette année, nous reverrons des personnes qui n’étaient pas là l’an passé, mais présents deux ans auparavant.
Je me souviens de ce dont nous avions parlé, la première fois. Elle m’avait dit une seule chose : il faut essayer. J’ai pris mon mal en patience – un an plus tard, rien n’avait changé. Et puis cette année…
Des bouleversements. Des changements. Des virages. De grosses claques. De vrais mois de bonheur. Je regarde d’un oeil cette année presque achevée, je la contemple d’un oeil discret, empli de joie, et bientôt mouillé. Il s’est passé tant de choses que j’en ai sûrement déjà oubliées. Je retiens trois lettres, je retiendrai ces mois, et j’en retirerai quelques souvenirs…
De retour au chalet. Tout recommencera ?
Beautiful disaster.
Dimanche 20 décembre
Arrivé au bout du quai, je lui ai dit au revoir, et je suis parti. Marching bands of Manhattan. J’avais envie de courir. J’ai accéléré mon allure, je n’avais pas la force de lancer la course, et pour courir où, de toute façon?
Les gens attendaient patiemment dans le hall de la gare, leurs trains en retard, pour cause de fortes chutes de neige partout dans le pays. J’ai fermé les yeux quelques secondes, je n’arrivais pas à soupirer, à relâcher la pression, à libérer tout cet air comprimé et retenu ces dernières soixante-douze heures. Je sentais vigoureusement battre mon coeur, et je sentais aussi ce poids dont je n’arrivais pas à me libérer.
Peut-on idéaliser certaines personnes au point d’être tant déçu ? Suis-je encore amoureux du précédent ? Suis-je au bord du gouffre, au début de la pente, ou dans le creux de la vague ?
En quelques jours, j’ai remis mes idéaux à plat, j’ai écrasé quelques mégots, sans réussir à comprendre. De quoi ai-je vraiment envie ? Le trouverai-je ? Quelqu’un pourra-t-il arriver à me faire oublier l’autre, ou dois-je me débrouiller tout seul ? Quand arriverai-je enfin à me défaire de son image, quand arrêterai-je de le comparer à tous les autres ?
Ce week-end fut un beau désastre, un magnifique échec.
Combien de temps encore ?
(Noah and the Whale en boucle, en plus de Death Cab for Cutie…)
Looking back.
Dimanche 13 décembre
Je me suis dis que le bas de la rue Mouffetard aurait un charme fou une fois la nuit tombée, alors j’ai attendu dix-sept heures, puis j’ai enfilé mon gros blouson kaki. Rien n’allait vraiment ensemble : le blouson, le pantalon noir, les Converse bleues. Mais je me sentais bien. L’idée de remonter la rue Mouffetard ne m’effrayait pas. La musique de mon baladeur m’enchantait, Yann Tiersen donnait comme une allure surréaliste à Paris, un mélange de cliché, de kitsch et de beauté ultime.
J’ai déboulé sur la rue Claude Bernard, comme pressé de retrouver mon quartier, cette rue que j’ai quittée il y a près de six mois ; et je m’y suis engouffré. J’ai commencé par la librairie, puis le marché : les primeurs, les fromageries, les boutiques alignées dans la rue pavée. Je commençais mon ascension. Et peu à peu, je me suis laissé submergé par les souvenirs. Arrivé sur la place de la Contrescarpe, j’ai presque regretté mon voyage, je me suis retrouvé devant mon immeuble, puis devant son immeuble, et j’ai eu une vague sensation de manque.
Etait-ce la fraicheur de ce mois de décembre, ou la nuit tombée, et l’atmosphère de Noël ? Ou plus ? Je ne sais pas, mais passé la rue Descartes, je me suis senti à la fois soulagé, et envahi de tristesse. Je suis tombé amoureux de ce quartier comme je suis tombé amoureux, littéralement. Et j’ai tourné la page, avec lenteur, mais conviction. Mais je n’arrive décidément pas à retomber amoureux de mon quartier, ni, pour l’instant, de quelqu’un d’autre.
Alors j’ai remonté la rue Saint-Jacques. Et je les ai retrouvés, tous, qui m’attendaient, pour écrire de nouvelles pages, un léger regard, malgré tout, toujours tourné vers le Descartes…
Five days.
Dimanche 15 novembre
Je me réveille avec le soleil. Je me réveille quand le soleil est levé. Levé depuis longtemps je crois, il est déjà midi passé.
Cinq jours sans sortir de l’appartement ou presque, à penser que tout est mieux quand on vit en sous-vêtements, à regarder silencieusement la poussière s’accumuler si rapidement sur mon meuble noir. J’ai probablement du courrier qui m’attend en bas, mais les seules fois où je suis sorti cette semaine, c’était pour aller de l’autre côté du palier, ou – un peu mieux – aller m’acheter des clopes à l’Amiral. Cinq cent mètres.
Avec deux repas par jour on fait beaucoup d’économies. Pourquoi s’en offrir un troisième, qui ne serait que des calories inutilement accumulées, alors que je reste stoïque, presque immobile, dans mon dix-neuf mètres carrés.
Demain, la vie reprendra son cours. Réveil à sept heures vingt (c’est l’heure à laquelle je me suis couché hier non ?), métro Raspail, Pasteur… Une journée au travail, comme les autres.
Cinq jours de glande, mon dieu que c’est bon, un plaisir honteux, un bonheur coupable !
The toothbrush.
Jeudi 5 novembre
He took his toothbrush out of the glass, and put it in the empty McDonald’s bag I have to throw away.
He said it is for my own good. And he’s right.
I don’t know why I kept it so long. The green and pink toothbrush. Maybe I was hoping someday he would come back, and find it here, and he would smile and say “you knew I would come back”. And even if I know it is an absolute dream, which can never come true, I kept it.
And I’m not dreaming anymore. I know it’s really over. We’re done. And I live with it. But I can’t keep thinking it should have ended different. So that may be why I kept it.
I often keep things I don’t need. I often keep things that remind me of people. Even the saddest things, the saddest people and the saddest ends.
That’s how I am, for sure.
It’s silly. I know.
Think.
Mardi 27 octobre
Si j’arrête de fumer, Café Clopes mourra ?
J’ai comme une envie de reprendre un peu ma vie en main…
It’s still the same.
Samedi 24 octobre
J’ai chanté dans la rue, entre Quai de la gare et Austerlitz. Une allure d’alcoolique expérimenté, la pluie qui colle à mon gilet bleu marine. J’allume une clope alors que je sens très bien que ce sera un supplice. Je tousse. Tousse encore.
Et je chante. Si mes calculs sont bon – mais je n’ai plus toute ma tête à cette heure tardive, voire matinale – j’ai bu entre sept et neuf vodkas-orange, et je n’ai pas dîné. (L’alcootest en ligne m’indique que je suis donc en plein pic d’alcoolémie. 1,6 grammes environ.)
Le Noctilien arrive à sa station quand j’y foule les pieds. Et il y a foule. Trois jeunes bellâtres sourient en me voyant si mal. Celui du milieu me parle un peu, souriant une bonne dizaine de fois, et je me sens flatté, mais incapable de me concentrer sur une chose pendant plus de trois secondes. Même si cette chose est belle.
Je rentre dans l’immeuble, une nouvelle cigarette fraichement allumée. L’ascenseur. Je crache maladroitement dans le cendrier, qui répand une neige volcanique dans ce petit espace clos. Arrivé dans mon appartement, je jette mes clés au sol, mes chaussures, mes vêtements un à un, et me laisse m’étendre dans mon lit.
Demain sera difficile.
12.
Vendredi 23 octobre
Est-ce qu’on peut avoir des souvenirs quand on a un an? Est-ce que notre cerveau n’est encore qu’une infâme bouillie à cet âge? Ou bien est-ce l’âge de la raison, l’âge où tout est simple, où on a toujours raison?
Le parallèle est miteux, vieilli et dépassé, mais voilà, Café Clopes a fêté ses douze mois il y a peu… Cinquante-six articles, certains très courts, parfois juste une image, parfois quelques mots, et quelques articles fleuves. Mais également une douzaine de brouillons non publiés, certains datent de décembre dernier, d’autres d’hier ou d’avant-hier.
Je me dis qu’en un an j’ai peu travaillé mon écriture, que Café Clopes est un peu mon dépotoir splendide, mon carnet un peu trop intime que personne ou presque ne lit. Et pas ma boîte à textes / showroom littéraire.
Mais tant pis.
Faible.
Samedi 10 octobre
Samedi matin. 10h57.
Un bruit étrange dans la rue. Une musique psychédélique, on dirait un cirque, une parade, un clown taré qui joue de l’orgue de barbarie. Une musique insupportable, un mélodie à se jeter du cinquième étage.

Je dormais. Depuis sept heures et cinquante trois minutes, il me semble. Pas d’autre choix que de me lever, je cherche quelques secondes les boules quiès qui sont cachées dans le meuble, sans pouvoir les trouver. J’abandonne rapidement l’idée que je pourrais me rendormir.
Après tout, j’ai un cours à donner dans trois heures et trois minutes. J’irai à contre-coeur, je n’ai plus besoin de donner ces cours, je n’ai plus besoin d’argent, je ne sais pas ce qu’il m’a pris d’accepter, est-ce que j’ai l’impression de faire ma B.A. de l’année ?
Je suis un peu faible, je n’ai pas très faim, et la cafetière m’indique par son grondement que le breuvage est prêt. Une tasse, puis une deuxième, la deuxième accompagnée d’une cigarette. Pourquoi cette routine ? L’addiction ?
J’ai songé à arrêté de fumer hier, avant de me rendre compte qu’avec mon demi-paquet quotidien j’en serais sûrement incapable. Pas envie de me faire aider, pas envie de mâcher des trucs dégueulasses enrichis en nicotine. J’assumerai ma toxicomanie, peut-être ralentirai-je.
Et puis je pense encore à lui, j’ai rêvé qu’il revenait, s’excusait, qu’on reprenait innocemment là où on s’était quitté. Conneries. Je cherche, j’ai envie de tourner la page, je prends sur moi, j’écoute les chansons niaiseuses de Glee en boucle. Ça ne passe toujours pas, on dirait. Mais putain de merde, ça fait déjà deux semaines.
Allez, bouge-toi, va, vis et deviens comme ils disent.
