La France et Berlin.

Jeudi 31 mars

Je dois bien admettre que ma terre natale me manque, parfois, et même souvent. Les petites habitudes françaises, mes petites habitudes en allant acheter un croissant au beurre, de prendre le métro et lire un livre par-dessus l’épaule d’un(e) inconnu(e).

Entendre parler français, écouter distraitement les conversations des gens. Ce n’est pas que je n’y arrive pas, ici, en allemand, mais c’est que tout cela demande plus d’efforts. C’est provoquer les petits plaisirs, ce n’est pas pareil. Et pourtant il y a d’autres petits plaisirs. Le graffiti “Judith / ich / liebe / dich” des marches de l’escalator de la sortie de métro, les petits déjeuner à l’allemande, auxquels je ne verrai plus renoncer. Attendre sagement au passage piéton que le bonhomme au chapeau passe au vert. Et se promener dans Kreuzberg, passer Kottbusser Tor en souriant.

Et puis il y a les habitudes importées, le beurre salé impossible à abandonner, le fromage français, le bonheur de trouver des vrais croissants à Berlin. Les chansons françaises, ARTE le dimanche soir, plein de toutes petites choses qui rappellent la maison, les huit cent kilomètres.

Et pourtant, je suis sûr qu’après un week-end en France je serais bien heureux de rentrer à la maison, à Berlin.

Not enough time.

Lundi 28 mars

Y’a des moments comme ça parfois, on n’a juste plus le temps. Je n’ai pas le temps de répondre aux e-mails, pourtant j’ai du temps pour jouer à Angry Birds, je n’ai pas le temps pour aller chez le coiffeur, mais bien le temps d’aller acheter des places pour Noah and the Whale, pas le temps pour eux, mais du temps pour lui.

Et puis le printemps, déjà, et le changement d’heure, enfin, se dépêcher de finir de manger et aller courir, profiter du soleil sur le balcon, la chaleur des rayons sur la peau encore endormie…

Pas assez de temps pour profiter de tout ça, non plus.

Sur le perchoir.

Samedi 5 mars

Après plusieurs vodka tonic hier soir, comme il y a trois jours, et comme le jour d’avant, aussi, maintenant que j’y repense, je ne sais plus comment nous y sommes arrivés, mais je me suis mis à développer une métaphore un peu naze, moi qui m’approche du grand saut dans la vraie vie, le futur métro-boulot-*-dodo (remplacer le * par toutes les activités plus ou moins cool que vous arriverez à faire après huit heures de travail devant un ordinateur, je me souhaite que cela soit plutôt ciné-pinte(s)-nuit-endiablée plutôt que pizza-journal-de-vingt-heures-solitaire-roman-de-Marc-Lévy …)

Bref. Il me reste deux mois pour boucler mon mémoire – pas commencé – puis une douzaine de semaines de stage obligatoire – pas trouvé, et après c’est la vraie vie qui arrive. Je fais tout pour rester à Berlin, parce que je suis tombé amoureux de la ville, et puis je suis tombé amoureux de lui, et puis je suis (re)tombé amoureux de la langue, la culture, la sérénité allemande, tout ce qui me faisait rêver quand j’étais ado. Rester à Berlin c’est peut-être d’ailleurs prolonger tout ça, qui sait.

Je m’apprête à sauter mais j’ai toujours eu peur de l’eau. Traumatisme d’enfance – je sauterai de toute façon pas la tête la première, j’y arrive pas. Je vais me lancer et je ne sais pas vraiment si j’ai pris la bonne décision. Est-ce que décider de ne pas suivre le parcours tout tracé est la bonne décision ? Après les “tu as du potentiel”, “tu seras un bon manager”, “on garde contact”, “un programme jeune diplomé à 50k/an”, “t’imagines le blé que tu toucheras à 35 ans ?” … renoncer à tout ça c’est la bonne décision?

Let’s say, fais-toi plaisir jusqu’à la fin de l’année ? Au 31 décembre 2011, si tu n’es pas capable de voir qui tu veux être dans trois ans, choisis la carrière. Sinon, continue ?

(C’est naze les trucs en gras mais j’ai la flemme de les enlever)

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